Pas de spoiler mais évitez de lire ce qui suit si vous ne voulez absolument rien savoir.

 

Ce film suscitait une grosse attente de ma part pour un bon nombre de raisons :

  1. Clint Eastwood réalise ! Même si le bonhomme n’a pas fait « que » des bons films, il a pondu suffisamment de chef-d’oeuvres pour que le clampin du coin soit un tout petit peu intéressé par ses nouveaux projets. Personnellement, Sur la route de Madison fait parti de mon top 10 ever depuis des lustres.
  2. Le film raconte une histoire vrai que tout le monde connait, dans un contexte très particulier et sur un sujet particulièrement délicat. A ce titre, un téléfilm proposé par France télévision sur les attaques du 13 novembre 2015 a d’ailleurs été annulé récemment, les associations de victimes arguants (à raison) que la douleur était encore trop vive. Il est vrai que la finalité des deux attaques n’est absolument pas comparable.
  3. A ma connaissance c’est une première dans l’histoire du cinéma, les rôles principaux ainsi que certains personnages (passagers, policiers…) sont tenus par les vrais acteurs du drame.

Alors qu’en est-il de ce 15h17 pour Paris ?

Eastwood réalise ici un savant numéro d’équilibriste. Car s’il est évident que les producteurs « vendent » aux spectateurs l’intervention héroïque de trois jeunes américains à bord du Thalys ce 21 août 2015 (le titre à lui seul nous fait comprendre qu’on est venu pour ça) il s’agit surtout d’un film sur l’amitié et l’importance des choix qui s’offrent à nous dans la vie.

Le 15h17 pour Paris s’ouvre sur un homme marchant sur un quai, valise à la main, s’apprêtant à monter dans un wagon. Pas de surprise, on sait d’emblée de qui il s’agit. Un plan de son bras, de son torse, de son sac et de sa valise ; on ne verra d’ailleurs que très peu sa tête, comme si le réalisateur américains souhaitait tout de suite désincarner le terroriste et le terrorisme en général. l’important n’est pas là.

Il s’agit avant tout pour Eastwood de raconter l’histoire d’Anthony Sadler, de Alek Skarlatos et de Spencer Stone, trois amis californiens sans histoire, à la vie somme toute assez banale, qui vont en quelques secondes changer la vie de centaines de gens et de la France grâce à leur sang-froid et un coup de pouce du destin. Le premier tiers du métrage s’articule sur la jeunesse de ces héros en devenir ; multiples convocations chez le directeur, partie de pain-ball, amitié, interrogation sur leur futur. Rien de bien exceptionnel, avec de jeunes acteurs parfois à la limite de la caricature mais la pâte Eastwood est reconnaissable. La réalisation sobre au possible est là pour faire monter la sauce afin que le public s’identifie aux héros. Et ça marche. Passé cette première demi-heure, nous retrouvons les « vrais » protagonistes, devenus adultes. Cette démarche de faire jouer des néo-acteurs me faisait un peu peur mais finalement, même s’ils ne sont pas professionnels, les trois compères s’en sortent dans l’ensemble plutôt bien. En tout cas pas de fautes de jeux majeures qui auraient eu pour effet de faire instantanément sortir le spectateur du film. Le pari était osé, bravo pour la prise de risque. Cette deuxième partie s’achève sur leur voyage en Europe (passage assez peu intéressant mais tout à fait regardable) menant inexorablement à la conclusion attendue.

 

L’attaque, apparemment « chorégraphiée » dans les moindres détails pour coller le plus possible à la réalité apparait épisodiquement tout au long du film. Le final, brut et très impressionnant arrive au terme d’une courte heure trente-trois que dure le métrage. A titre personnel, chaque plan qui m’amenait dans le wagon du Thalys me donnait irrémédiablement des suées. On ne peut que frémir à l’idée du massacre évité.

 

Un Clint Eastwood sans surprise (et ce n’est pas une critique) mais très efficace, tenu par un casting hétéroclite surprenant et une fin qui tient en haleine toute la salle alors qu’on connait plus ou moins le dénouement. Bref, 1h33 bien dépensée.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *