Imaginez un train immense, transportant le dernier bastion de l’humanité (les plus pauvres relégués dans les wagons de queue, les plus riches devant), roulant pour l’éternité dans un paysage glacé et létal.

Vendu comme ça, le projet à de quoi faire sourire. Sauf que l’extraordinaire histoire de cette BD française, tirée à très peu d’exemplaires, oubliée puis littéralement piratée et vendue sous cape en Asie pour se retrouver, des années plus tard, sur le bureau d’un producteur, a tout d’un conte de fée.

Car apparemment le projet s’est construit dans la douleur. Aux vues des très nombreux producteurs affichés au générique d’ouverture et à la facture parfois rudimentaire de certaines scènes, on se dit que l’argent a due être sévèrement rationné.

Mais il faut l’avouer, ce projet casse-gueule et douloureux a accouché d’un chef d’œuvre !

L’histoire donc : à bord de ce train roulant sans fin dans le désert glacé qu’est devenue la terre, la classe des « pauvres » constamment privés de tout et châtiés sans raison va se soulever. À leur tête un homme va organiser la révolte, essayer de renverser les obstacles et traverser le train jusqu’au wagon de tête, pour tenter de rétablir l’ordre, éradiquer leurs persécuteurs et chercher qui est à la tête de tout ce merdier.

À l’instar de son compatriote Sud-coréen Park Chan Wook, Bong Joon Ho signe ici un film aux accents internationaux, après ses très remarqués Memories of murder, Mother et surtout The host.
N’oubliant pas ses compatriotes, le réalisateurs s’est entouré d’un casting hétéroclite trois étoiles. À commencer par le leader de la révolte, joué par un Chris Evans (insipide Captain America) méconnaissable et sidérant de justesse et de rage contenue. Mention spéciale pour Tilda Swinton qui déchire comme toujours, dans un rôle barge à contre-emploi. Je tairai quelques autres rôles surprises.

Si l’histoire reste assez simple et déjà vue (des opprimés qui se révoltent), la forme est sublime. Le réalisateur coréen injecte dans son Snowpiercer une folie douce, n’oubliant pas de nous jeter à la gueule son lot d’instants forts et hypnotiques.
Tantôt profond, cruel, stressant voire trash (il y a pas mal de scènes très brutales qu’on ne voit pas arriver), tantôt hilarant, foutraque, bad ass et jouissif ; le film ne nous laisse pas respirer une seconde.
Mais dans ce chaos apparent règne l’ordre et la structure. La mise en scène est suffisamment sobre et énergique pour nous faire oublier que le film est intégralement filmé en huis clos et l’on ne s’ennuie pas une seconde. Une autre belle prouesse est à mettre sur le compte de l’équipe déco qui a fait un travail prodigieux, je n’en dirai pas plus, histoire de vous en laisser plein les mirettes.

Mais je parle, je parle…

Allez voir Snowpiercer, c’est une bombe, le film d’anticipation que l’on n’attendait plus. Un grand plaisir pour les yeux qui devrait compter sur un très bon bouche à oreille, du moins je l’espère.

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