Guillermo del Toro est un personnage à part dans l’industrie du cinéma international. Mexicain d’origine, il alterne  gros films de divertissement (Blade 2, les deux Hellboy, Pacific Rim) et films plus indépendants bien que toujours dans le même registre fantastique (L’échine du diable, Le labyrinthe de Pan)

Sorte d’O.V.N.I. à Hollywood, il possède de nombreuses casquettes. Car si le bonhomme s’occupait d’effets spéciaux bons marchés pour le cinéma mexicain au début de sa carrière, notre réalisateur est aussi producteur et jouit depuis des années d’un statut particulier sur les terres de l’oncle Sam. Del Toro jongle sans cesse entre son envie profonde de création (des fables aux scénarii parfois un peu simple mais baignant dans des univers souvent incroyablement riches) et sa capacité à diriger de gros blockbusters.

Les pontes d’Hollywood ont depuis longtemps compris qu’avec son génie créatif, Guillermo del Toro était capable de sortir des sentiers battus en proposant un divertissement intelligent (à quelques exceptions près) honnête et bien souvent avec un succès critique à la clé. Et même s’il n’est que partiel, ce succès rapporte tout de même suffisamment pour que la confiance entre les deux parties reste intact. Bref, tout le monde y trouve son compte.

Je n’avais pas vraiment aimé son dernier métrage, Crimson Peak. Un film d’horreur se voulant classique et gothique mais beaucoup trop Grand-Guignol à mon goût. Tout y était surenchère pour au final peu d’émotion et un scénario bâclé. Depuis des années, del Toro tente de transposer à l’écran Les montagnes hallucinées, un texte fantastique (et fantastique) de H.P. Lovecraft, en vain (POURQUOOOOIIII ??) Pas de financement, personne ne s’intéressant à son projet il fini par jeter l’éponge. Surtout que Peter Jackson lui demande de réaliser Le Hobbit. Là encore, après des années de travail, le projet n’arrive pas à se concrétiser et c’est finalement le réalisateur néo-zélandais qui reprendra cette nouvelle franchise en terre du Milieu avec le succès qu’on lui connait. Je pense que Crimson Peak est l’aboutissement d’un immense sentiment de frustration qu’a accumulé le réalisateur pendant toutes ces années.

Pour en revenir à nos poissons La forme de l’eau se classe très nettement dans le format « films indépendants fantastiques » qu’affectionne Guillermo del Toro. C’est d’ailleurs Searchlight, la branche indé de la Fox, qui produit. Nommé 13 fois aux Oscars, le film faisait déjà couler beaucoup d’encre avant son arrivée sur les écrans français. Alors ?

C’est un retour plus que réussi ! Porté par un casting impeccable –  le réalisateur est aussi un très bon directeur d’acteurs – The shape of water réussi à mettre de la poésie là où il y en a si peu habituellement. Mais attention, la poésie n’empêche pas le film d’être âpre, cru voire cruel. Scènes de tortures, de meurtre, de masturbation… On se prend les choses frontalement et tant pis si ça dérange. Car del Toro adore titiller le spectateur. Le sortir de sa zone de confort. Il aime autant ce qui est beau que ce qui est laid. Evidemment la laideur ne se trouve pas où le public l’attend. La laideur vient bien souvent du coeur des hommes (comme les personnages de Eduardo Noriega et Sergi Lopez dans L’échine du diable ou Le labyrinthe de Pan) et ce qui parait monstrueux au premier abord ne l’est souvent pas. C’est certes simple, manichéen, tout ce qu’on veut ; là où un Besson s’enfoncerait dans la niaiserie, un del Toro parvient à rendre la chose magique. Et à bien y regarder, les histoires les plus simples et basiques – Roméo et Juliette en est un exemple flagrant – ne sont-elles pas les plus belles et efficaces ?

Donc oui, The shape of water est un bon et beau film. Tout n’y est pas forcement original et inspiré mais le film est si poétique, les personnages tellement bons et la musique si prégnante que ce serait dommage de louper ça.

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